Sortir de la durée légale unique : la durée négociée d’entreprise
« La durée légale de travail effectif des salariés à temps complet est fixée à trente-cinq heures par semaine. »
Le verrou
Une norme unique de 1998 s’applique indistinctement au soudeur, au consultant augmenté par l’IA et au développeur en travail asynchrone. L’IA désynchronise la valeur du temps de présence : mesurer le travail en heures hebdomadaires uniformes revient à mesurer un logiciel au poids. Le forfait-jours (L. 3121-58) reste réservé à des catégories étroites et juridiquement risquées.
La réforme
La durée de référence devient conventionnelle : fixée par accord d’entreprise ou, à défaut, de branche, dans un corridor de 32 à 39 heures ; les majorations se déclenchent au-delà de la durée conventionnelle. Les 35 heures demeurent la valeur supplétive en l’absence d’accord — personne ne perd sans avoir voté. Le forfait-jours est ouvert à tout salarié autonome volontaire, avec garanties renforcées de suivi de charge.
Argumentaire
- Fait : les maxima européens (48 h) et les repos obligatoires restent intouchés — la réforme déplace le curseur de la négociation, pas de la santé.
- Comparaison : l’Allemagne n’a pas de durée légale hebdomadaire déclenchant des majorations — elle a des maxima et des accords. Sa métallurgie négocie 28 à 40 h selon les sites.
- Trade-off assumé : oui, certains accords fixeront 37 ou 39 h payées comme telles ; d’autres 32 h. C’est le principe même : la norme descend là où l’information existe.
Décisions parallèles indissociables
- Droit à la déconnexion rendu opposable et sanctionnable (aujourd’hui simple thème de négociation).
- Suivi de charge semestriel obligatoire pour tout forfait-jours, opposable aux deux parties.
- Monétisation ou repos : le salarié choisit la contrepartie de ses heures au-delà de la durée conventionnelle.
« C’est la fin des 35 heures, donc du progrès social. »
Réponse : les 35 heures restent la règle supplétive et le plancher de négociation collective. Ce qui disparaît, c’est l’uniformité, pas la protection. Le progrès social de 2027, c’est que le temps libéré par l’IA se négocie en temps ou en salaire, entreprise par entreprise, au lieu d’être confisqué par une norme aveugle.